mardi 25 octobre 2016

BOOSIE BADAZZ - TOUCH DOWN 2 CAUSE HELL [ALBUM 2015]



16 Janvier 2014. 17h32, Baton Rouge état de Louisiane.
En ce jour froid et terne d'hiver je me prépare pour rendre visite à mon cousin Terrence au LSP de Louisiane. Cela doit bien faire un an et demi que je ne l'ai pas vu et j’espère que je le reconnaîtrai. Depuis le temps qu'il y est enfermé, il a du changer.

17h48,
Ça y'est je suis en route, je doit parcourir la quarantaine de kilomètres qui sépare Baton Rouge d'Angola.

18h26,
J'arrive sur place et mille pensées commencent a m'envahir le cerveau, je redoute sa réaction quand il va me voir.
Je traverse les longs couloirs sombres, j'aperçois à peine le visage de mon accompagnant à cause de la faiblesse de l'éclairage.
Mon rythme cardiaque s'accélère, je passe la dernière porte, m'assoie derrière l'épaisse vitre et décroche le combiné.

18h30,
L'attente me parait interminable, je commence à ne plus tenir en place sur ma chaise.
Puis je l'aperçois qui s'approche tout doucement dans son habit orange, on dirait qu'il a pris de la masse, il parait plus déterminé qu'avant.
Il s'assoit en face de moi, me fixe de ses yeux perçant sans dire un mot. Il commence sérieusement a me mettre mal a l'aise.
Un petit sourire apparaît au coin de sa bouche puis il saisit enfin le téléphone. (Intro : Get'em Boosie)



-Yo mec, alors tu t'es enfin souvenu que t'avais un cousin enfermé ?

-Wassup tu sais ce que c'est les galères, la street, tout ça.. franchement désolé j'avais pas trop le temps...

-Ouai bien sur, mais bon au moins t'es pas comme tout ces bâtards qui m'ont tourné le dos dès que je suis tomber. Ils m'ont tellement déçu, j'y pense tout les soir de sfois je me réveille en pleine nuit en criant pour voir mes enfants et quand j’appelle a la maison leur mère n'est même pas la pour répondre.
Je te jure je commence a péter les plombs dans ma cellule, j'aurai du écouter ma mère, y'a que dalle ici à part la pluie et les ténèbres (Windows of My Eyes)

-Putain c'est chaud, mais t'a rien pour te remonter un peu le moral ici ?

-Si j'ai bien un codétenu qui vient prier avec moi de temps en temps, on se met a genoux et on demande pardon au Seigneur et a toutes les personnes qu'on a déçu (Mercey On My Soul feat Jeezy & Akelee).

-Putain, ressaisi toi mec ! tu deviens faible la on dirait !

-De quoi tu me parles ?! je suis et je resterai toujours un vrai (Like A Man feat Rich Homie Quan), j'suis un putain de gangster tu l'a oublié ou quoi ?? je suis le plus real ici (On Deck feat Young Thug, Mr. Miyagi).

-Et tu ne veux pas te venger ?

-Si justement. Mais t’inquiète pas, dès que je sort de ce trou à rat y'aura une kalash bien chargée qui m'attendra dans une caisse. Et elle sera impatiente de dire bonjour a ces enculés (Retaliation).

-Fais attention a toi quand même, et t'a d'autres personnes qui sont venu te voir ?

-Personne ... a part mon homie Webbie, tu sais pas combien je le kiff ce renoi. Il est toujours là pour moi depuis des années, depuis que Pimp C nous a fait signer en 2002 on s'est toujours serré les coudes. On a toujours taffer ensemble et je crois que les gens aimaient ça.


-Et vous parler de quoi ?

-Il me parle de ce qui marche en ce moment dans le rap, je crois qu'il aime bien le son de la Bay (On That Level feat Webbie).
Mais en principe on discute sur tout les fakes rappeur qui polluent le game et ça me fait chier que notre son ne soit représenté que par des petits cons qui mentent (Hip Hop Hooray feat Webbie).

-J'suis d'accord avec toi sur ce coup. Sinon t'a pas du voir beaucoup de femmes en prison ?

-Ah ouai putain ça me manque trop. Maintenant j'ai le temps pour penser a toute cette merde. Y'a trop de meufs qui se sont jouées de moi, je leur faisait confiance mais au final elle m'ont bien niqué (She Dont Love Me feat Chris Brown).
Alors que si je le voulais je pouvais les rendre riches en un claquement de doigts (Spoil You feat T.I.)
A ouai crois moi des histoires sur des filles bien qui sont devenuent des salopes je peux t'en raconter des tonnes (How She Got Her Name).

-Bon je vais bientôt partir, t'a vu ce qui se passe dehors en ce moment ?

-Ouai bien sur, j'arrive a suivre les informations. Je pense presque tout les jours au Dr King, a Malcolm X et a Rosa Parks, leur sacrifice aura-t-il servi à rien ? (Black Heaven feat Keyshia Cole & J. Cole)


J'en parle même avec les autres communautés de la prison, tout le monde est d'accord avec moi. Les latinos, les blancs, les chinois tout le monde est d'accord pour dire que ces bâtards arrêtent de commettre ce type de bavures. Ces enfoirés arrivent même a tuer des gens sans défenses (Hands Up)

Bon je vais y aller prends soin de toi mon cousin et surtout si tu vois ma mère, dit lui que je suis désolé ... (I'm Sorry)


Chronique de Gucci Pucci Gzus 187
Remaniée par moi même (au niveau de l'orthographe et de certaines formulations). Je n'ai pas voulu la modifier afin de ne pas dénaturer la chronique même si cela aurait pu être intéressant. Très bon concept en tout cas.












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jeudi 6 octobre 2016

PNL - DANS LA LEGENDE [ALBUM 2016]




Petit parenthèse introductive d'abord. Pour appréhender la chose hip hop aujourd'hui, à moins d'avoir 15 ans, il faut effectuer un travail en amont. Il convient de se libérer des codes habituels, de changer sa grille de lecture... Ne plus penser en terme de justesse du chant mais en terme d'impact. Préférer la musicalité des mots au sens du propos. Troquer la virtuosité des instruments pour la puissance d'une production. En apprécier les mélodies. Ouvrir ses chakras à l'autotune, essayer d'en déceler la beauté. Autant de clés indispensables pour déverrouiller la manne 2016 du rap et du r'n'b.

Kurt Vile peut/doit rester planté droit comme un i sans bouger en marmonnant des mots d'amour en slang de Philadelphie planqué derrière sa tignasse... C'est ce qu'on veut/attend de lui. A l'inverse, Queen B ne pourra jamais se comporter ainsi, et décevra forcément si elle ne danse pas courtement vêtue à friser l'embolie en gigotant du bassin comme un Flamby sur une machine à laver en mode essorage. On n'achète pas de fruits à la boulangerie. On n'aborde pas un concert de Neurosis comme on envisage une prestation de RiRi.

Du ter-ter au légendaire

On n'écoute pas le dernier Nick Cave comme on entend le nouveau PNL non plus d'ailleurs. Depuis sa sortie, "Dans La Légende", affole la courbe de ventes, défraye la chronique et donne lieu à bien des commentaires, souvent hasardeux, parfois judicieux. Les textes du duo – comme tous ceux d'un certain rap français d'ailleurs – sont la cible d'une pluie de boulets rouges. Célébration du vide pour les uns, nihilisme passif pour les autres, sans même parler des choqués de la grammaire ou des épouvantés du verbe cru... C'est sûr qu'à brûle-pourpoint, il y a de quoi défriser plus d'un habitué des riffs (les habitués du rif eux le seront moins). Mais on est loin de la vacuité dénoncée.

Si nombreux sont ceux qui lorgnent vers Atlanta en ce moment dans le rap-jeu, les frangins de la cité des Tarterêts semblent s'être davantage abreuvés de ce qui se passe du côté de Chicago et de la scène drill de la Windy City. On retrouve ainsi les onomatopées du rap déglingué de Chief Keef et quelques clins d'yeux aux rimes de Lil Durk, dont le collectif OTF (Only The Family) a directement inspiré QLF (Que la Famille), mantra de PNL et nom de leur label. PNL qui, au passage, renvoie à "Peace & Lovés", ce dernier terme d'argot signifiant "argent" ou "billets". De la paix et du flouze, voilà un programme de campagne alléchant s'il en est. Et l'amour de l'acronyme pour mieux coder et rallier.

L'autotune, la reverb, l'autopan, le delay, loin d'être des caches-misère, sont ici autant d'effets qui viennent contribuer à l'harmonie ambiante et à une construction mélodique minutieuse. Entre nappes de claviers et refrains chantés, posés sur des type-beats dénichés sur la toile, productions instrumentales créés par des beatmakers amateurs (ou bedroom producers) reprenant le style d’artistes célèbres et licenciées pour des sommes dérisoires. Aux confins d'un cloud rapouateux, synthétique, aérien, hypnotique, et de ce qu'on appelle le dope boy bluesoutre-Atlantique, blues du dealer pris au piège d'une activité aussi lucrative qu'aliénante. C'est d'ailleurs à la sortie de prison de l'aîné de la fratrie en 2014, incarcéré pour des histoires de biz, que la carrière du tandem va décoller. CQFD.

Demain, c'est (trop) loin

Voilà pour la forme. Place au fond car, oui, il y en a... Ademo et N.O.S. – de leurs vrais noms Tarik, natif de 1986 et Nabil de trois ans son cadet – sont discrets pour ne pas dire muets dès le micro rangé. Pas d'interviews ou presque depuis l'avènement de PNL, la fratrie préfère laisser ses disques parler pour elle ("Que la famille" en mars 2015, "Le Monde Chico" en octobre 2015 et "Dans la Légende" ce mois de septembre). En creusant, on apprend cependant qu'ils sont nés d'une mère algérienne souvent absente, tandis que leur père, un pied-noir corse, est le plus souvent décrit dans leurs chansons comme un gangster (cace-dédi à Stomy Bugsy). Puis qu'ils ont poussé dans cette fameuse cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (91), alignement de HLM bétonnés et furoncle emblématique de la question des banlieues en France... Le Zoo comme il est surnommé, où ils grandirent à la débrouille, pas souvent légale, et qui donne lieu à bien des métaphores animales.

Le deal, la délinquance ou la violence sont donc présents au fil des rimes mais, loin d'être au centre de la lorgnette, ne servent ici que de décor, de toile de fond, laissant la place de sujet principal aux sensations, aux questionnements, au mal-être ressenti, à la tristesse et à l'absence de perspective que laissent ce modes de vie. Il y a aussi ces références touchantes et quasi permanentes à l'enfance, des tartines de Nutella au roi lion Simba en passant par Dragon Ball, Street Fighter ou Mowgli. Le tout livré dans un langage cryptique, véritable idiolecte fait de néologismes, de métaphores, d'expressions en verlan, d'argot et d'onomatopées (pour la traduction, Genius est ton ami). Sans surjouer la virilité, s'agiter ou fanfaronner... Le film fataliste et froid de leur existence désillusionnée. La puissance monocorde d'un uppercut qui monte vers l'infini. De l'amertume à l'autotune, et retour.

Coup du lapin

Si nous n'avions pas réussi à faire le pas avec "Le Monde Chico" de la révélation, l'écoute studieuse et attentive de "Dans la Légende" nous a littéralement aspirés. Pétrifiés tel un lapin de Garenne dans les phares d'une voiture, à la fois intrigués, fascinés, apeurés et incapables de bouger. Comme englués dans la poésie glaciale et synthétique de "Da" en ouverture, du titre-générique "Dans la Légende", des voyages fantasmés "La vie est belle" et "J'suis QLF", ou de "Jusqu'au dernier gramme" et "Je t'haine" livrés mâchoires serrées.

Effet prolongé à la vision des clips plus que léchés de PNL, tournés en Islande, en Italie, au Japon, en Namibie... Réalisés par leurs potes autodidcates du quartier Kamerameha et Mess, que la famille... En live, par contre, point de possible valeur ajoutée. L'expérience des Ardentes l'a confirmé cet été. A l'instar des rappeurs d'Oncle Sam dont les disques et mixtapes nous font tant fantasmer, Ademo et N.O.S. n'offrent pas sur les planches la moitié du plaisir que l'écoute religieuse de leurs travaux-studio peut engendrer. Et a priori, ça ne devrait pas changer. Tout au plus subsistera le plaisir de scander leurs punchlines tous en chœur.

"Million d'vues en 24 heures. Mon frigo n'a plus peur."

Après une semaine d'exploitation, "Dans la Légende", distribué en format physique et numérique via la société Musicast (qui se félicite chaque jour d'avoir collaboré avec PNL), s'est écoulé à plus de 50 000 exemplaires. Ce qui en fait déjà un disque d'or en France, sans streaming. Avec son arrivée (1500 écoutes sur les différentes plateformes équivaut à 1 vente) et à l'heure d'écrire ces lignes, le compteur frise les 80 000 albums vendus dans l'Hexagone. Mieux encore, Nabil et Tarik intriguent et séduisent des Etats-Unis qui ne s'étaient plus passionnés à ce point pour des frenchies depuis... Daft Punk.

Pour conclure, rappelez-vous que lorsque vous décrivez PNL comme "deux affreux qui ne savent même pas parler français qui chantent comme des robots", vous sonnez à peu près comme votre grand-mère qui décrit la musique électronique en termes de "boom boom tchack tchack de drogués" ou votre vieille tante qui voit le rock comme "des chevelus pas propres qui hurlent comme des cochons qu'on égorgent". Si si... On dit pas «c'est nul», on dit «je n'aime pas». C'est le b.a.-ba.


Chronique de NICOLAS CAPART


Les clips extraits de l'album:



Petit cadeau pour vous la 19 eme track "officieuse" de l'album Tchiki Tchiki en qualité audio 320 format mp3 supprimé à cause de problèmes juridiques au niveau de l'instrumental qui s'inspire de "Merry Christmas Mr Lawrence" de Ryuichi Nakamoto extrait de la BO du film japonais Furyo (1983).
A noter qu'il existait un clip tourné au Japon du son des deux artistes de QLF Records malheureusement il est désormais très difficile à trouver sur le net.
(Il avait cartonné sur YouTube lorsqu'il était encore dispo sur la chaine du groupe)

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